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Robert Cayrol : administrateur de la CFP et directeur général de Desmarais Frères

Revue Etoile Bleue n°34

Tous ceux qui eurent le privilège de l'approcher savent que Robert Cayrol réunissait en lui, confondus, en une personnalité puissamment originale, deux types de chef, le marin et l'animateur de tout un cycle d'activités économiques.

Marin, il le fut par vocation première. Il ne cessa jamais de l'être par fidélité sentimentale à ce qui fut l'idéal de ses jeunes années d'homme, par attachement aux formes d'action qui sont celles du marin. Il le fut comme officier, de 1901 à 1919, dans la Marine Nationale où il entra par l'Ecole Navale en 1901.

Deux moments capitaux marquent cette carrière :

En août 1914, le Lieutenant de Vaisseau Cayrol est affecté à la Brigade des Fusiliers-Marins, phalange à jamais illustre dans les fastes de notre histoire militaire où, sous les ordres du légendaire Amiral Ronarc'h, il commanda la Compagnie de Mitrailleuses à Dixmude, dans la fournaise et la gadoue des combats sur l'Yser. L'un de ses anciens fusiliers-marins contait au jour de ses obsèques, comment l'officier mitrailleur avait failli être tué et comment il avait réussi à l'arracher de la mort en l'emportant sur son dos. Deux citations à l'ordre de l'Armée, une citation à l'ordre de la Division relatent et sanctionnent les hauts faits du Commandant de la Compagnie.

De 1916 à 1919, le Commandant Cayrol est Chef du service des Renseignements de la Marine. Des méthodes de travail propres à ce métier, il conservera toujours, dans la suite, cette recherche du recueillement et ce goût de la réflexion qui ont si souvent marqué les démarches de sa pensée et la préparation de ses décisions. De cette époque date son inégalable maîtrise à jouer d'un clavier où chaque touche représentait une somme d'expériences et de relations puisées dans les milieux les plus élevés de la politique et des affaires et à en jouer avec une aisance toujours capable de dégager, de la masse d'informations recueillies, si diverses soient-elles d'origine et de tendance, la lumineuse synthèse génératrice de l'action à concevoir, à décider, à conduire jusqu'au terme voulu.

Une fois apaisées les bourrasques de la Grande Guerre, Robert Cayrol pense qu'il ne trouveras plus, dans le calme d'une existence redevenue sans risques ni sans dangers, le terrain le meilleur pour y engager toutes ses forces. En revanche, l'économie du Pays lui paraît requérir, pour être remise à flot et réajustée à l'échelle des compétitions mondiales, un effort largement ouvert à ses propres possibilités et dans lequel il pourra profondément investir tout ce qu'il porte en lui de volonté. Il se met au service de l'économie.

Pour commencer, il tâtonne. Pendant près de deux ans – de 1920 à 1922 – il exerce les fonctions de Directeur Commercial à la Société des Moteurs Gnome et Rhône. Il s'y trouve très vite à l'étroit et la quitte pour entrer au Service de la Maison Desmarais Frères.

Le sillon sur lequel il vient d'atteler, avec dès ses premiers pas l'appui des grands patrons que seront pour lui MM. Lucien et Paul Desmarais, restera le sillon de tout le restant de sa vie. Quel champ d'action s'ouvre à lui ! Il faut dresser autour de la "Maison", la barrière qui la protègera contre les convoitises de l'étranger, pour la maintenir dans sa ligne de toujours, celle de l'indépendance ; la lancer dans les voies nouvelles jalonnées par l'évolution des techniques : celles du "vrac" pour supplanter le "logé", puis celles des produits noirs notamment, celles de l'alcool et du carburant national ; l'appuyer sur un ensemble français, qui va devenir celui de la Compagnie Française des Pétroles ; créer cet ensemble français et, naviguant de conserve avec le grand Ernest mercier, l'insérer dans un complexe de caractère mondial, en vue d'apporter à la France, en matière de produits du pétrole, une indépendance et une sécurité d'approvisionnement dont l'ancien Chef du Service des Renseignements de la Marine nationale a, si souvent et pour tant de raisons, eu à déplorer la précarité, sinon le défaut complet.

Et c'est ainsi que, Directeur Général en 1927 de la Société Desmarais Frères, Robert Cayrol devient très vite Vice-Président de la Compagnie Française des Pétroles après la création de celle-ci, Vice-Président de la Compagnie Française de Raffinage dont la première raffinerie entre en activité en 1931, représentant de la France au Conseil de la Société Internationale chargée d'exploiter les "Pétroles de Mossoul" devenue aujourd'hui l'Iraq Petroleum Cy. C'est ainsi encore que, par ses interventions personnelles et officielles auprès des Pouvoirs établis de l'époque, l'Office National des Combustibles Liquides et son Directeur Louis Pineau, et auprès des Commissions parlementaires compétentes, il joue un rôle souvent déterminant dans le courant d'idées et d'évènements qui aboutit aux lois de 1928 et 1931, c'est à dire au statut légal sous l'empire duquel l'industrie française du Pétrole vit encore et grâce auquel elle a pu connaître son brillant essor au cours des trente dernières années.

Quoi de surprenant dès lors qu'au travers de tels évènements la personnalité de Robert Cayrol se soit imposée au point d'apparaître comme une des plus en vue de l'industrie française du Pétrole et même de déborder le cadre de cette dernière pour s'élever jusqu'aux enceintes où le Gouvernement de la France vient chercher ses conseillers techniques ? Il suffira ici de rappeler que, au delà de notre Société, par delà la C.F.P., la C.F.R., l'Iraq Petroleum Cy, M. Cayrol était administrateur ou même Président d'un certain nombre d'autres Sociétés où il représentait les intérêts de Desmarais Frères, en France, dans les Pays d'Outre-Mer, à l'étranger ; qu'il avait été d'août 1942 à février 1945, aux heures cruelles de l'occupation Directeur Responsable du Comité d'Organisation des Combustibles Liquides, de 1945 à 1948 Président de la Chambre Syndicale de la Distribution des Carburants et Combustibles Liquides ; qu'il était et est demeuré : depuis 1946, Président de la Commission de Modernisation des Carburants ; depuis 1948, Membre du Conseil Supérieur des Alcools ; depuis 1952, Membre du Conseil Supérieur du Pétrole.

Tant de travaux et de réussites avaient valu à leur auteur maintes récompenses officielles. Il savait ne tirer de celles-ci aucun sujet de fierté. Nul ne l'a jamais trouvé préoccupé d'autres intérêts que ceux de la France et de ceux de la "Maison", celle à laquelle nous nous sentions rassurés d'appartenir sous sa direction et que nous continuerons à servir en suivant les enseignements qu'il nous a légués et pour mieux marquer ainsi de quelle déférence fidélité nous saurons entourer son inoubliable souvenir. 

 

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