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De l’art de remplacer un pipeline en pleine crise politique au Moyen-Orient

Faire construire et installer un pipeline de 16 pouces de diamètre et de 16 kilomètres à 60 mètres de profondeur d’eau n’est pas une mince affaire. C’est une aventure humaine et technique qui nécessite beaucoup de sang froid, une bonne résistance au stress, une dose d’humour et une certaine solidité face aux imprévus ! Et question imprévus, nous avons été servis : liquidation judiciaire du prestataire principal, crise politique au Moyen-Orient et un énorme problème technique pendant la campagne de plongée! Heureusement, tout s’est très bien terminé et ce projet reste une grande réussite.

Je suis arrivé à Doha en février 2016 avec pour mission un projet de mise à niveau des systèmes de climatisation et d’augmentation de capacité électrique sur trois plateformes offshore. Trois mois plus tard, nouvelle casquette: j’étais désormais également en charge du remplacement d’un pipeline de 16 kilomètres reliant deux plateformes situées à 100 kilomètres des côtes du Qatar. Ce projet, à 60 millions de dollars, allait occuper une grande partie de mon temps et de mon esprit pendant plus de deux ans !

Les différentes étapes du projet étaient claires pour toute l’équipe et nous étions prêts à les exécuter dans les meilleurs délais. Voilà ce qui nous attendait : réaliser les études d’ingénierie de détails, lancer les appels d’offres afin de choisir le fabricant de ce tube d’acier de 16 km, le faire ensuite revêtir à des milliers de kilomètres avant de l’acheminer en pièces détachées au Qatar. Une fois sur place, nous devions l’assembler tout en le posant délicatement à 60 mètres sous l’eau grâce à une barge d’installation ancrée. Les équipes allaient ensuite le raccorder aux plateformes par une équipe de plongeurs. Pour finir, il fallait nettoyer et déconnecter l’ancien pipeline.

Avant tout, pourquoi changer un pipeline ? Celui qui reliait les plateformes, DP4 à DP3 (séparés de 10 kilomètres) et DP3 à DP2 (6 kilomètres) était rongé par la corrosion. La politique de contrôle mise en place avec l’installation de « clamps » (sorte de « pansements » préventifs) n’étant plus viable économiquement, la décision de le remplacer avait été prise en aout 2015 en accord avec notre partenaire, Qatar Petroleum.

Apres une première phase d’études d’ingénierie, l’appel d’offres pour un contrat d’ingénierie, de fourniture et installation d’un nouveau pipeline a été lancé en novembre 2015 auprès de huit entreprises. La société SWIBER , basée à Singapour a remporté le contrat que nous avons signé avec une date effective au 1er juin 2016. Les choses démarraient plutôt bien avec notamment la préparation de la première campagne offshore pour le pre-engineering survey. Sans aucun signe avant coureur, SWIBER Holding, la société mère, s’est mise en redressement judiciaire à partir du 28 juillet 2016. Une petite catastrophe qui allait nous faire prendre beaucoup de retard.

Très vite après évaluation de la situation, nous avons dû réattribuer le contrat, c’est à dire, relancer  un appel d’offres, lancer de nouvelles négociations sur le planning d’installation et le coût et repasser les différentes étapes de validation avec Qatar Petroleum… La société McDermott, basée aux Emirats Arabe Unis, a repris les rênes et un nouveau contrat lui a été attribué avec une réunion de lancement au 3 janvier 2017. Nous avons perdu 7 mois !

Les six premiers mois du contrat McDermott ont été dédiés à la réalisation des études géophysiques et géotechniques pour s’assurer de la topographie et des données du sol et à l’attribution du contrat de fabrication en usine du pipeline. Il a été décidé qu’environ 1500 pièces de tuyaux en acier de 12 mètres chacune allaient être fabriquées dans une aciérie près de Düsseldorf en Allemagne. L’appel d’offre pour l’étape de pose de revêtement (anticorrosion et béton), était sur le point d’être lancé au moment où un nouveau rebondissement a perturbé notre programme : en juin 2017, éclatait une grave crise politique entre le Qatar et plusieurs Etats Arabes du Golfe Persique… McDermott était basé dans l’un d’eux en l’occurrence les Emirats Arabe Unis.

Nous avons convoqué une réunion d’urgence avec McDermott et Qatar Petroleum pour évaluer l’impact de la situation géopolitique sur le projet afin de prendre les mesures nécessaires pour en assurer la continuité. Le plan d’exécution du projet a donc été modifié dans le but de minimiser tout impact de la crise . . . Finalement, nous sommes parvenus sans mal à contourner ces obstacles. Une société italienne située dans la campagne vénitienne a été chargée de la mise en place des revêtements sur les 1500 pièces en acier qui seraient ensuite acheminées depuis l’Italie vers le port de Ras Laffan au Qatar. Les pièces de raccordement seraient pour leur part fabriquées au Qatar.

Les travaux en mer ont débuté mi-mars 2018 avec une barge d’installation qui permettait l’assemblage par soudage du pipeline et sa pose à 60 mètres de profondeur d’eau. Malgré une météo capricieuse, cette étape s’est globalement bien déroulée grâce au travail remarquable réalisé par les quelques 300 personnes mobilisées pendant trois semaines en mer au sein d’une flotte de neuf bateaux... Cette première phase devait être suivie d’une campagne sous-marine afin de tester le pipeline nouvellement posé et ensuite le raccorder aux plateformes lors d’un arrêt de production. C’était sans compter sans un nouveau rebondissement : une panne majeure sur le navire de plongée pendant la mobilisation.

Là aussi, la décision a été prise rapidement de mobiliser non pas un  mais… deux nouveaux bateaux de plongée afin de limiter l’impact sur le planning et de sécuriser la durée de l’arrêt de production à venir. Il nous aura finalement fallu près d’1 mois de dure labeur pour avoir les deux nouveaux navires de plongée disponibles sur site… L’arrêt final de production a pu être déclenché à la mi-mai afin de procéder au nettoyage et à la déconnection de l’ancien pipeline puis au raccordement du nouveau pipeline et au test final pour une durée totale d’une vingtaine de jours. La campagne offshore aura finalement duré trois  mois.

Ce projet de remplacement de pipeline aura mobilisé des centaines de personnes, issus de corps de métiers très différents pendant près de deux années. C’est vrai qu’il nous a tous fallu une grande flexibilité pour s’adapter aux imprévus mais malgré tout je n’en garde que les bons souvenirs ! Je suis heureux d’avoir mené ce projet jusqu’au bout et surtout sans accident.

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