Exploration - Production | - Indonésie

Aux grands débuts de Total en Indonésie

Fraîchement diplômé de l’Institut National des Sciences Appliquées de Lyon et de l’Institut de l’Administration des Entreprises de Rennes, j’ai été embauché par la CFP le 1er avril 1969 après avoir répondu à une petite annonce parue dans le Figaro. C’était une époque où l’économie était florissante et où les entreprises recrutaient à tour de bras. La CFP conduisait alors des campagnes en Australie après avoir récemment achevé sans succès des opérations au Sénégal, en Libye et en France. Elle s’apprêtait à lancer des campagnes de forages d’exploration pétrolière en Angola, à Madagascar et en Mer du Nord britannique.  Elle disposait par ailleurs de gros intérêts au Moyen Orient, la part de l’Irak Petroleum Company attribuée à la France après la première guerre mondiale. C’est donc dans le monde du forage pétrolier que je suis « tombé » alors que je n’avais pas « fait » l’Institut Français du Pétrole et que ma connaissance de cette industrie se limitait à prendre de l’essence dans une station-service ! Je n’avais donc jamais vu - ni de près, ni de loin - un appareil de forage de ma vie, appareil dont j’apprendrai vite qu’on s’appelait RIG. La Direction Centrale de l’Exploration Production-Division forage que j’ai rejoint était gérée par André Brun, un homme formidable et innovant dont la qualité première était d’obtenir le meilleur de chacun. Il avait su créer une telle ambiance qu’aucun des collaborateurs ne comptait ses heures et que, nos longues journées de bureau s’achevaient parfois par un dîner d’équipe en ville. Grand montagnard et plongeur, André Brun mettait souvent l’accent sur la nécessité du travail en sécurité et sur le respect de l’environnement dans les opérations à venir. Après une formation intensive de plusieurs séjours avec trois stages de formation de base à Hassi-Messaoud en Algérie, puis d’ingénieur junior sur une plateforme en Mer du Nord près d’Aberdeen entrecoupés de cours à l’Institut Français du Pétrole, c’est en Indonésie que j’ai été affecté pour vivre ma première « grande mission » d’ingénieur pétrolier. La CFP y avait ouvert une filiale en 1968 en reprenant 50% des intérêts de la Compagnie japonaise JAPEX dans le détroit de Makassar et en obtenant deux permis à terre dans le centre de Sumatra.

J’y interviendrai de mi-1970 à fin 1974, d’abord en missions depuis la France puis en famille avec ma jeune épouse à partir de juillet 1971. A l’annonce de mon affectation, mon premier réflexe a été de localiser précisément ce pays dont je ne savais rien. J’ai découvert qu’il était formé de milliers d’îles s’étirant sur des milliers de kilomètres de la Thaïlande jusqu’au nord de l’Australie. L’Indonésie sortait d’une forte crise politique consécutive au départ en 1967 de Soekarno, le père de l’indépendance. A l’époque, c’était un pays disparate bien qu’une langue commune commençât à émerger. C’était surtout un pays pauvre où les conditions de vie matérielle étaient sommaires. A l’image de son réseau électrique défaillant qui occasionnait de très longues et fréquentes coupures. Quant aux moyens de communications, ils étaient rudimentaires, voire inexistants. Les communications téléphoniques avec le monde extérieur étaient aléatoires. Les déplacements terrestres sur des routes ou pistes en mauvais état et les vols parfois chaotiques dans de vieux DC3 en fin de course me restent encore en mémoire. Au début, pour le ravitaillement en produits de première nécessité, les familles devaient se rendre à Singapour... y compris pour y acheter de la viande ! Difficile à croire aujourd’hui...

Le service forage naissant de la CFP m’avait donc accordé sa confiance – bien que sans expérience - pour deux campagnes d’exploration dans les îles de Sumatra et de Bornéo. Ma première mission était de renseigner les cartes avec une petite équipe de géosciences qui réalisait des opérations de reconnaissances sismiques depuis trois années. Avant de m’y implanter définitivement avec ma femme, j’ai commencé par enchaîner de nombreuses missions de terrain, des allers-retours avec la France et des missions en Louisiane (forage dans les bayous )  et en Colombie (hélirig ). Sans doute en raison de l’évolution des intérêts de la CFP en Algérie, le responsable du forage prévu sur ce projet, n’est finalement jamais venu. De facto, je suis devenu responsable  du pilotage de  deux campagnes de forage. L’une se trouvait en mer dans le détroit de Makassar au large de la rivière Mahakam à l’est de Kalimantan (île de Bornéo ), où nous forions à partir d’une plateforme flottante. L’autre, à terre, se situait près des villes de Jambi, et de Pekanbaru à proximité des rivières de Batang Hari et de Batang Tebo sur l’île de Sumatra au milieu de forêts inondées. A Sumatra, nos opérations n’ont pas été récompensées puisque tous nos trous se sont révélés secs ( sans résultat ). Il en fut heureusement autrement pour le permis de Mahakam. En 1972, nous avons fait la première découverte majeure de la CFP en Indonésie, après 5 puits secs; par seulement 35 mètres de profondeur au large du grand delta de la rivière Mahakam, sur une structure géologique déjà forée par JAPEX , le 6ème et dernier puits de notre campagne, Békapaï 1A, a permis de tester de l’huile. Les réserves du champ Békapaï ont été estimées à 30 millions de barils. Cette découverte rendit caduque le surnom moqueur dont nous affublaient les anglais. Pour eux, CFP signifiait « Cannot find Petroleum » ! Il faut dire que la dernière découverte de la Compagnie remontait à celle d’Hassi-Messaoud en Algérie en 1957.

Personnellement, cette découverte reste l’un de mes meilleurs souvenirs professionnels. Bekapaï 1A est surtout le point de départ de la grande aventure de Total en Indonésie. Le puits commença par produire 5 000 barils par jour. Ce n’était qu’un début ! En 1974, Total mettra à jour - le grand champ d’Handil riche de plus de 100 millions de tonnes d’hydrocarbures. Il produira plus de 250 000 barils jour. J’ai eu la chance de participer aux forages de découvertes et d’appréciation de ce champ et de deux autres avant de quitter l’Indonésie lors du 3ème puits d’Handil. Cette belle aventure de Total en Indonésie a duré jusqu’en... 2017. Après 50 ans de succès, le Groupe a cédé ses activités dans la zone de Mahakam et a transféré ses permis arrivés à leur terme à la compagnie nationale Pertamina.

Ma première expatriation dans un pays dont j’ignorais tout à mon arrivée fut une expérience d’une grande richesse. Je me souviens tout particulièrement des opérations de forage compliquées que nous menions dans ces immenses forêts en partie inondées de Sumatra. Nous partions sur les traces des géophysiciens de la Compagnie Générale de Géophysique pour mieux appréhender les terrains qui nous attendaient. Faute de pistes pour circuler, nous avions alors décidé de réaliser la première opération de forage héliportée de Total. Au cours de cette immense opération logistique, tous les équipements de forage ainsi que les cabines de logement ont été héliportés par lot de 2 tonnes dans un ordre précis dans des clairières situées sur des collines temporairement déboisées. Des centaines d’indonésiens étaient mobilisés pour scier les arbres, les déplacer. Il fallait ensuite assembler les centaines de colis comme un mécano géant dans des conditions climatiques difficiles avec des grues à chenilles spéciales pouvant se mouvoir dans la boue. C’était le royaume des treuils et des tire-fort. Tous les sites de forage ont ensuite été reboisés avec des essences locales pour effacer les traces de notre passage.

 En tant qu’ingénieur junior – je n’avais que 26 ans à mon arrivée – et propulsé responsable des opérations, cette expérience indonésienne reste un moment fort. Même si j’ai activement participé là-bas à une dizaine de campagnes de forage différentes avec 5 types de RIG, je n’ai pas fait que travailler ! Nous étions dans un pays d’une grande beauté à une époque où le tourisme de masse n’existait pas. Entre les randonnées autour des volcans et les expéditions de plongée sous-marine dans des aquariums grandeur nature, nous profitions pleinement de ce décor de rêve et de la gentillesse des habitants. 

A ses cadres opérationnels, la CFP proposait de suivre des stages de plongée industrielle      ( très encadré, je suis allé jusqu’à 80 mètres….quelques secondes ) afin de bien nous faire  comprendre ce que nous pouvions demander aux plongeurs. Cette expérience acquise en stages de plongée, j’ai su largement la mettre à profit pendant mes heures de loisirs pour admirer les somptueux fonds marins. J’ai aussi plongé avec des professionnels sur le champ de Bekapaï pour constater  que les observations des plongeurs quant aux efforts de dégagement des pattes envasées d’une plate-forme autoélévatrice étaient fausses.

Cette première expérience de responsable de forage, je l’ai poursuivie à Abou-Dhabi en étant détaché à l’Abu Dhabi Petroleum Company, puis en Algérie avant de devenir Directeur fonctionnel du forage à Paris. Très vite, j’ai compris que le forage correspondait parfaitement à mon tempérament.  Il offrait un mélange de travail de terrain, d’études, d’innovations de haute technicité  et de management des hommes y compris bien sur des nationaux qui me comblait.

One Total, our values
Esprit pionnier, Goût de la performance

Commentaires

Pour commenter ce témoignage, connectez-vous ou créez un compte.

Vous souhaitez partager votre expérience en lien avec ce témoignage ?

Compléter ce témoignage

Vous avez également contribué à l’Histoire de Total ? Partagez votre témoignage !

Participer à la galerie de témoignages