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Chez Elf puis chez Total, je suis Ingénieur puis je suis une femme.

Il est souvent dit que les premières années sont clés pour lancer votre carrière, elles sont le plus souvent clés à façonner votre caractère, pionnière tu démarres, pionnière tu resteras.    

Je suis entrée chez Elf en 1979 après une formation en hydrodynamique et mécanique des fluides. Je veux construire des bateaux. Je dirai souvent ensuite que je n’ai construit que des FPSOs, je fais mon stage d’étudiante chez Intersubmarine qui pose des câbles et des conduites en mer du Nord et découvre alors les activités pétrolières offshore. Je postule chez Elf  et à l’époque, le patron du forage du Groupe est totalement acquis à la cause des femmes. Il en veut dans son département, pour y apporter du sang neuf et un nouvel esprit. C’est un choix individuel mais il n’est pas le seul chez Elf à aller dans ce sens.

Il est alors bien connu que sur les chantiers pétroliers russes, les femmes occupent déjà des postes dits masculins.

En 1979,  je rejoins les équipes de forage de Lacq sur un appareil Forex  (« aux cales et aux clés sur le plancher du forage » comme on dit alors). C’est un test pour me pré-embaucher et me sponsoriser pour une année à l’Institut français du Pétrole.

En 1980 je suis définitivement embauchée mais doit recommencer le passage au plancher sur l’appareil de forage-école de Elf. Le métier forage est particulièrement vu comme réservé aux hommes et aux hommes rudes. Mais le groupe ne m’accorde aucun passe-droit, ce qui me plaît : on me demande de me comporter comme le ferait un homme. Seul compte le professionnalisme. Je suis contente de voir que quelques embauches féminines suivent la mienne, et que mes collègues géologues, réservoirs et géophysiciennes principalement sont aussi nommées sur chantier.

On m’envoie, début 1981 au Cameroun, comme superviseur junior de nuit puis superviseur en titre sur un tender de forage. La confiance que m’accorde la compagnie d’être en charge d’un appareil de forage (120 personnes, puits très difficiles) est énorme et même inimaginable aujourd’hui. Mes collègues superviseurs vont soit m’ignorer soit m’aider, ces derniers sont particulièrement les anciens du Sud-Ouest.

En 1982, cap sur le Brésil, à bord d’un navire à positionnement dynamique. A la filiale Elf du Brésil, il y a beaucoup de femmes, y compris à des postes de responsabilité. Pratiquement toutes les géologues et géophysiciennes  sont des femmes.. La raison de cette situation, unique dans le Groupe ? Le directeur du Brésil est un « pro-femme ». Il pratique une forme assez poussée de discrimination positive. Espèce rare, que je n’ai plus rencontrée par la suite …

Deux ans après, je pars en Angola, comme ingénieur forage. C’est la guerre, j’ai ma 4L, mon laisser-passer et je dois aller au bureau après le couvre –feu pour répondre à la radio avec les sites. Personne n’a le temps de penser que vous êtes une femme, tout va bien.

Mais, il n’y a pas une seule femme ingénieur, ni femme à bord des appareils de forage puis plate-formes pourtant parmi les techniciennes locales au bureau il y a des vrais potentiels.  Une situation qui m’a marquée et qui a fait que par la suite je vais insister pour diversifier le personnel sur chantier et construire des équipes de direction mixtes.

Dans les années 1995,  la politique vis-à-vis des femmes commence à changer : on cherche à les insérer systématiquement dans les attributions de postes. Mais il n’y a pas de logique de discrimination positive : le mérite, le professionnalisme, comptent… et la chance qu’une personne vous connaisse et puisse supporter votre nom dans les comités d’affectation.

Après plusieurs rôles opérationnels, comme pour d’autres de mes collègues, je vois que la route s’ouvre pour prendre des fonctions d’encadrement.

Au moment de la fusion TotalFina Elf, je suis frappée de l’absence de femmes chez Total à des niveaux importants. Mais il y a aussi d’autres sujets plus urgents à traiter.

Rapidement  les choses commencent à changer et Total crée le conseil de la diversité en 2004 dont je deviens membre,  nous sommes des membres si diverses qu’il nous sera difficile de produire des principes applicables au monde entier, mais c’est fait et approuvé par le comité exécutif en 2005, certains principes sont forts : progression de salaires pour les femmes pendant leur grossesse identique à la moyenne des 3 dernières années et ceci dans toutes les filiales , comité directeur des filiales devant inclure une majorité de nationaux, les filiales suivent des indicateurs pour marquer et montrer leur progression en matière de diversité féminine et internationale.

Les comités d’attribution des postes d’encadrement normalisent leurs modes d’attribution des postes et les listes de femmes et internationaux et leurs parcours ne sont plus oubliés.

Comme Directrice de filiale en Indonésie puis au Nigeria puis en UK,  j’insiste sur féminiser les sites de forage, de production, les bateaux… En 2013 je suis ravie qu’ une Indonésienne devienne chef de site, je n’oublie pas que c’est là que j’ai débuté mais aussi que ce personnel représente la base de notre pyramide et que si des exemples forts aident à renverser les tabous, je pense que le succès de la diversité repose sur la banalisation d’avoir des équipes mixtes .

One Total, our values
Respect de l'autre, Esprit pionnier, Goût de la performance, Force de la solidarité

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