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Dolphin Energy, une réussite à laquelle personne ne croyait

L’histoire de Dolphin Energy est avant tout une improbable aventure initiée par Elf. Ce projet qui n’aurait jamais dû voir le jour est devenu l’une des plus florissantes réussites du groupe au Moyen-Orient.

Tout a commencé à la fin des années 90, Total était présent depuis longtemps au Moyen-Orient mais Elf peinait à s’y faire une place. La compagnie pétrolière occupait une grande place en Afrique et en Europe et peinait sur le continent américain, mais surtout il ne parvenait pas à entrer significativement dans les pays du Golfe. Cela agaçait beaucoup ses dirigeants.

A peu près au même moment, et bien avant les autres leaders du Golfe, le Sheikh Zayed d’Abu Dhabi avait une vision pour son pays et voulait  transformer ce territoire de sable en îlot de verdure. Pour cela, il lui fallait beaucoup d’énergie. L’ADNOC était florissante dans la production nationale d’huile mais la partie gaz était mineure en comparaison à l’époque aux Emirats. C’est dans l’entourage d’un des fils du Sheikh Zayed qu’est né le concept de ce qui allait devenir le projet Dolphin.

L’affaire est arrivée chez Elf à travers un envoyé de l’Emirat qui essayait de vendre l’idée d’un gazoduc qui fournirait aux Emirats Arabes Unis, en Oman et même jusqu’au Pakistan, du gaz naturel provenant du gisement du North Field au Qatar. Cette idée semblait saugrenue. L’homme d’affaires palestinien proposa d’abord ce projet à Total où il essuya un refus catégorique. Chez ELF, Joël Bouchaud, alors vice-président de l’E&P  perçut une opportunité ou Elf avait tout à gagner et peu a perdre. Ce projet symbolisait l’entrée qui leur faisait défaut au Moyen-Orient.

Vers la fin de l’année 1999, je travaillais avec Joël à Paris et il  me parla pour la première fois de ce projet Dolphin.  « Surtout tu ne me mets pas là-dessus, lui avais-je dit ! C’est comme de vendre de la neige aux esquimaux. En plus, les Qatariens n’accepteront jamais et cela coûtera trop cher aux Abudhabiens. » Depuis 1995, j’étais vice-président de la CEI (Russie, Azerbaïdjan, Kazakhstan and Turkménistan), Europe de l’Est et Chine et j’allais bientôt changer de poste car Total venait de réussir son OPA sur Elf. Nous venions de traverser une période de grand ménage avec la fusion et j’attendais ma nouvelle affectation. Je n’allais pas être déçu... Joël Bouchaud m’appelle un jour. « Lionel tu as gagné la timbale ! me lance-t-il. Tu deviens chef de projet sur Dolphin en Abu Dhabi !

Je débarquais donc à Abu Dhabi début 2000, moi ex-Elf au cœur de la zone historique de Total, et en plus envoyé chez UOG (United Arab Emirates Offset Group), entité émiratie porteuse du projet. J’étais à l’époque le seul Total dans la structure, rejoint par un représentant d’Enron (à l’époque co-partenaire de l’aventure) et le tout installé dans de superbes bureaux sur la corniche d’Abu Dhabi, pour travailler sur un projet que beaucoup disaient à l’époque avoir peu de chances de jamais voir le jour… A vrai dire, j’étais moyennement enthousiaste! Heureusement les choses prirent une autre direction quand je croisai Christophe de Margerie à la Maison de la Chimie à Paris.  « Vois ce que tu peux faire avec Dolphin mais cela vaut le coup de tenter quelque chose, Moi, j’y crois» me dit-il. L’un des rares à y croire aussi à cette époque était Patrick Pouyanné, alors directeur de la filiale au Qatar.

Coté UOG, la petite équipe était constituée d’une demi-douzaine de très jeunes entrepreneurs supervisés par quelques fidèles de Sheikh Mohammed, l’un des fils de Sheikh Zayed, qui dirigeait alors la boite. Avec UOG et Enron, nous  avons constitué une équipe pour essayer de transformer cette idée pour le moins novatrice en quelque chose d’un peu concret. Le projet devait être monté dans sa totalité et cela voulait dire structurer la relation Total Abu Dhabi dans un premier temps puis ensemble partir négocier avec le Qatar.

C’est à ce moment que j’ai rencontré Khaldoon Khalifa Al Mubarak, 25 ans à l’époque, qui était mon principal interlocuteur cote Abu Dhabi. Il m’impressionna tout de suite par son leadership naturel, son sens politique et surtout sa capacité à intégrer rapidement les idées et concepts pétroliers nouveaux pour lui. Lui aussi avait une vision pour son pays et mettait tout son enthousiasme à faire aboutir ce projet.

Le cœur du projet consistait à produire un bloc de gaz du North Field au Qatar et à l’envoyer en Abu Dhabi par un pipeline de 400 kilomètres qui relierait les deux pays. Nous devions dans un premier temps nous mettre d’accord sur la structure du projet avec Abu Dhabi puis mettre les deux pays d’accord sur les termes du contrat. Il revenait aussi à Total de concevoir l’amont du projet à savoir la partie installations offshore au Qatar et l’usine à Ras Laffan.

A partir de l’été 2000, nous avons commencé à vraiment structurer le projet avec une petite équipe que j’avais constituée. Il y avait beaucoup de hauts et de bas et pas mal de  surprises. Du jour au lendemain, nous avons ainsi appris que Total n’était plus opérateur de Dolphin comme cela était prévu au départ! Nous devenions actionnaires d’une nouvelle société à créer qui portera le projet dans son intégralité: Dolphins Energy Limited, une nouvelle structure créée par Abu Dhabi. Comme Christophe de Margerie nous soutenait et  Sheikh Mohammed y croyait dur comme fer, notre seule option était de nous taire et de continuer.

Nouveau rebondissement en 2001 avec le scandale suivi de la faillite d’Enron (société américaine spécialisée en énergie), il a alors fallu accompagner UOG dans des road shows pour trouver un nouveau partenaire qui reprendrait les 24,5% d’un projet en devenir ! Finalement, Oxy fut choisie par Abu Dhabi pour reprendre la place d’Enron. Les négociations avec le Qatar sur les blocs du North Field ont été fastidieuses et longues. En parallèle, nous devions aussi monter le projet à Abu Dhabi  tout en tenant informée la filiale au Qatar.

Après avoir finalisé nos négociations avec le Qatar au cours du Ramadan 2001, le DPSA (Development and Production Sharing Agreements) a finalement été signé en décembre 2001 pour 25  ans de production. Le Qatar, représenté par son emblématique Ministre Abdullah bin Hamad Al Attiyah, avait avalisé les termes finaux du contrat. Cette arrivée d’argent se révélait bienvenue pour transformer le pays ; l’émirat ne vendait à l’époque que quelques MT de GNL et n’était pas encore le premier producteur qu’il est devenu aujourd’hui.

Mon travail a ensuite consisté à mettre en place les deux entités, l’une en Abu Dhabi (une centaine de secondés de Total sont  rapidement arrivés) et l’autre au Qatar pour préparer les premiers forages et la sismique. Heureusement Patrick a rapidement pris le lead sur l’organisation Qatar. Après trois années intenses à démouler et monter ce projet improbable,  il était temps pour moi de rejoindre une nouvelle affectation.

Pour mon départ, une très belle soirée a été organisée à Abu Dhabi et en partant, Khaldoon et Ahmed Al Sayegh, alors Président du comité de direction du projet, m’ont donné rendez-vous le lendemain à la Chambre de Commerce d’Abu Dhabi, pour une raison inconnue. J’ai dû attendre deux longues heures avant qu’il me fasse entrer dans une salle où ils avaient réuni tous les intervenants de l’aventure Dolphin ainsi que le notaire de la ville. Ils souhaitaient tous que je sois là pour signer les sept exemplaires des actes d’enregistrement de la société Dolphin Energy Ltd. J’étais très ému. Je suis le seul occidental à avoir signé l’acte de naissance d’une société pétrolière aux Emirats Arabes Unis et c’est certainement le plus beau cadeau que je pouvais recevoir de leur part en ce jour de départ des EAU. Je garde un souvenir merveilleux de cette expérience qui fut surtout une aventure humaine où j’ai beaucoup appris sur le monde arabe et sur les pays du Golfe.

La production de Dolphin Energy a débuté en 2007. Onze ans plus tard, cela représente 57 millions de mètres cubes de gaz transportés du Qatar vers l’Abu Dhabi et l’Oman chaque jour. Ce n’est pas si mal pour un projet qui ne devait jamais voir le jour…

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Mots-clés
Qatar Oman

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