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La belle histoire du Pélican

Sans le volontarisme et l’investissement financier de la CFP et l’engagement d’une poignée d’hommes, le projet « Pélican » n’aurait jamais vu le jour. Avec André Brun, patron de la recherche, Gilbert Fort, le responsable du projet en mer de Labrador, Jacques Gebaert, le foreur et bien d’autres encore, nous y avons consacré de nombreuses et belles années, sacrifiant souvent nos vies personnelles. De 1972 à 1976, j’ai presque passé autant de jours en mer qu’à terre avec un record de 186 jours entre le Groenland et Terre-Neuve. Que faisions nous donc là-bas si loin des nôtres dans cette mer hostile truffée d’icebergs ? Nous cherchions du pétrole à bord d’un bateau expérimental dit à positionnement dynamique : le « Pélican ». Pressentant qu’il existait des réserves de pétrole au-delà du plateau continental, nous vivions alors les premières campagnes d’exploration en offshore profond. Parce qu’il est impossible d’opérer dans ces conditions climatiques difficiles (iceberg, houle, courant) avec une plateforme classique lourde et peu mobile, il fallait concevoir une unité indépendante dotée d’une bonne vitesse de croisière et libérée de toute assistance extérieure pour s’ancrer.

Cette technologie prit forme dans les années 60 avec le « Térébel », un navire foreur expérimental appartenant à I'I.F.P. Ce bâtiment est le premier à être équipé d'un dispositif de positionnement dynamique et à utiliser un système de flexocarottage. Fort de cette expérience, il est décidé de passer à une échelle industrielle : le programme « Pélican » est lancé au début des année 1970. C’est à Rotterdam au sein des Chantiers Navals I.H.C qu’il fut construit. Propriété de la Somaser (Compagnie française des pétroles, Foramer et Doris), ce navire hors-norme sera opérationnel en 1972. Le Pélican est le premier bateau de forage à positionnement dynamique à réaliser des campagnes de test grandeur nature. C’est aussi l’année où je reviens un peu brutalement d’Algérie où j’ai travaillé de 1963 à 1972 en pleine indépendance. Là-bas, j’ai notamment participé à la mise au point d’un pipeline très innovant en mer entre Mostaganem et Cartagène en Espagne. Mais c’est une autre histoire... 

De retour à Paris à la Tour Mirabeau au siège de la CFP, j’ai la chance qu’André Brun, en charge de la recherche, me confie le projet « Pélican ». A 32 ans, me voilà propulsé responsable de l’ancrage dynamique, du forage automatique et chef de projet au sein de Doris, une filiale du groupe. Je me retrouvais alors dans une position où je n’avais pas droit à l’erreur au risque de compromettre sérieusement la suite de ma carrière. Après des essais en Méditerranée et en mer d’Iroise, le « Pélican » fit route vers la mer du Labrador. J’y passerai quatre années de ma vie où je découvrirai une technique de forage inédite.

Pourquoi le Pélican ?

Lorsqu’on veut forer en mer, les tiges de forage doivent rester dans l’axe du puits. Dans une mer agitée, il est difficile de conserver cet alignement. Le bateau à positionnement dynamique le permet en ajustant en permanence sa position en fonction du vent, des courants et de la houle pour rester à la verticale du puits et maintenir la table de rotation à quelques mètres autour. Pour réussir cela, le « Pélican » était équipé d’un ingénieux dispositif. Il était d’abord doté de gros réservoirs situés sur les côtés de sa coque. Ces « detuning tank » servaient à casser la résonance du navire avec la houle. Le bateau disposait également d’un système électronique et acoustique pour écouter les ultrasons. Des ordinateurs - ce sont les débuts de l’informatique dans la filière amont - croisaient en temps réel ces informations avec celles liées à la position du navire. Enfin, on pouvait ajuster la position de ce mastodonte d’environ 100 000 tonnes au mètre près grâce à ses cinq hélices latérales en plus des deux hélices longitudinales !

Quant au forage, il était entièrement automatisé pour ne pas exposer les hommes aux rudes conditions climatiques et à des risques inutiles. En cas de situation d’urgence, il était possible de sectionner le train de tige et de libérer le bateau. Grâce à tous ces équipements, le Pélican fut le premier navire capable de forer – dans l’Arctique notamment – jusqu’à une profondeur de forage de 6 000 mètres.

C’est dans ce contexte que j’ai vécu des années d’une grande intensité entre terre et mer, loin des miens. 50 ans plus tard, j’avoue retirer une certaine fierté d’avoir contribué au succès de cette première campagne. J’en garde plusieurs souvenirs forts comme celui :

  • de la vie à bord où une centaine de professionnels de la mer et du forage pétrolier cohabitaient. Les marins nous apprenaient la navigation en mer tandis que nous les formions au positionnement dynamique. Le commandant Patroni et son lieutenant Tanguy jouaient à merveille ce rôle.
  • de forer dans des conditions climatiques compliquées pour tester la résistance de nos équipements. Un jour, nous sommes restés connectés au puits malgré des creux de 17 mètres !
  • de faire marcher simultanément le forage en mode automatique et le positionnement dynamique du navire. Ce qui n’est pas rien pour ceux qui connaissent la complexité d’un forage.
  • d’une découverte d’huile. D’un seul coup, les « boueux » (les boues sont tamisées et sont analysées par chromatographes) crient « alerte on y est ». Cette nappe Hibernia sera exploitée des années plus tard ;
  • de vacances brutalement interrompues. Alors que je venais de regagner ma maison provençale, Gilbert Fort me fit revenir en 24h sur le « Pélican ». Un hélicoptère a atterri dans mon jardin pour m’acheminer jusqu’au Bourget où je suis monté à bord d’un Mystère 20 direction Terre-Neuve. En quelques minutes, je parvins à débloquer un ordinateur qui s’était mis en position « Sécurité ».

Pendant les mois d’hiver, le Pélican forait en mer d’Iroise, au Mozambique et en Angola. Autant de campagnes auxquelles j’ai participé. Quelques mois plus tard, on m’a confié une autre mission « marine ». Elle consistait à rechercher des têtes de puits abandonnées dans les fonds marins au large de l’état de Vitoria à Campos au Brésil avec un bateau océanographique, l’« Astragale », et à marquer acoustiquement ce champ pétrolier. Une mission que j’ai pu mener grâce à mes connaissances acquises sur le Pélican. A savoir la technologie de l’écartométrie acoustique et les techniques de navigation en mer.

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