Exploration - Production, Gaz Naturel, GNL | - Norvège

La mer de Barents, une histoire longue à se dessiner

J’arrive au nord de la Norvège en 1984 pour 4 années d’exploration. Des années enthousiasmantes dans une zone encore vierge de toute recherche : la mer de Barents. Dans les années 1980, Elf recherche un relais de croissance après les belles découvertes (Ekofisk, Frigg, Alwyn…) de la Mer du Nord même si l’activité y continue. Or, les vastes étendues au nord attisent notre curiosité. Le NPD, la direction norvégienne du pétrole, a commencé à tirer des sismiques éparses et va mettre aux enchères (rounds d’attribution) des blocs à explorer. Pour les géologues, c’est une formidable aventure que d’explorer au-delà du Cap Nord. Nous nous sentons un peu comme les pionniers américains qui abordaient, pour une difficile mais exaltante « gold rush », le Grand Ouest même si pour nous, c’est plutôt le Grand Nord. Nous sommes en effet par 70 ° nord de latitude. Ici, ce ne sont pas les profondeurs marines qui sont exceptionnelles mais les conditions météorologiques qui rendent compliquées nos opérations. Le vent et le froid et les sous-marins soviétiques sont omniprésents.

 

Les premiers résultats obtenus par la géophysique sont bons avec la présence de bassins sédimentaires épais qui s’étendent sur le plateau continental norvégien sur des centaines de milliers de kilomètres jusqu’en ex-URSS. Confortés par ces sismiques, nous demandons et obtenons deux blocs en association avec Statoil et Norsk Hydro, auprès des autorités norvégiennes. Nos recherches d’interprétation montrent des séries sédimentaires semblables à celles de la Mer du Nord qui devraient contenir roches mères et réservoirs. Et nos premiers forages le confirment mais ils font aussi apparaître du… gaz naturel en grande quantité mais... pas d’huile. C’est une grande désillusion car la découverte et l’exploitation du gaz par 70 ° de latitude nord ne sert pas à grand-chose. Qui irait produire et acheminer par gazoducs ou méthaniers, du gaz à des milliers de km à une époque où sa consommation est encore modeste ? Face à cette dure réalité, nous mettons fin à nos travaux et à notre belle aventure.

30 ans plus tard, beaucoup de choses ont changé dans le paysage énergétique. Le gaz s’est imposé dans de nombreux usages : il chauffe les habitations, génère de l’électricité et fait même rouler les poids-lourds. Ces nouveaux usages remettent nos découvertes sur le devant de la scène. En 2007, le champ gazier Snøhvit, opéré par Statoil aujourd’hui Equinor, qui signifie Blanche Neige – et regroupe toutes les découvertes faites dans les années 1980, entre en production. Ses réserves immenses, supérieures à celles de Lacq, en font un centre de profit majeur pour Total ! Ce retournement de situation est plutôt cocasse car, à l’époque, on nous avait bien sûr reproché de n’avoir trouvé que du gaz ! Aujourd’hui, ce même gaz est exporté dans toute l’Europe via l’usine GNL de Melkoya, construite dans le nord de la Norvège permettant le développement industriel de toute une région autrefois très pauvre. Le champ de Snøhvit est même désormais devenu un des premiers stockeurs géologiques sous-marins de CO2, permettant ainsi de séquestrer beaucoup de gaz à effet de serre.

Cette belle histoire de l’exploration en mer de Barents a donné l’envie à Total d’aller voir encore plus loin au Nord, et surtout plus à l’Est, toujours au-delà du cercle polaire. C’est dans ces terres totalement inhospitalières qu’une autre aventure a commencé, celle du projet Yamal LNG et ses fameux méthaniers brise-glace... dont le bien justement baptisé « Christophe de Margerie » qui avait rapidement pressenti l’intérêt de ce gaz de l’extrême.
 

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Mots-clés
GNL Sismique

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