Exploration - Production | - Australie

Mon premier tour du monde dans le sens inverse des aiguilles d'une montre

Peu de personnes chez Elf ont eu l’occasion de travailler en Nouvelle Zélande. Nous avions un permis, dépendant de la filiale ‘’Australie”, qui était situé dans le chanel entre les îles Nord et Sud avec vue sur le Mont ‘’Plymouth” (par temps clair). Ne voulant plus garder le permis, Elf devait réaliser un puits d’obligation avant de le rendre.
C’est comme cela que rentrant du Congo, j’étais disponible pour superviser ce puits. La condition était simple, "il n’y a qu’un puits de 45 jours environ donc pas de relève, tu fais le puits complet". Cela se passait fin 1978.

Après un rapide calcul, si l’on compte les voyages et l’attente éventuelle du rig, je partais donc pour au moins 50 jours. On n’a pas trop attendu le rig et le puits a été réalisé en 35 jours. Mais cela a tout de même pris 45 jours et c'est comme cela que j’ai fait mon premier tour du monde dans le sens inverse des aiguilles d'une montre.

Mon périple “aller’’ a été “Pau – Paris – Dubaï – Singapour – Sydney – Auckland – Wellington – Nelson” sur l’île sud. Le retour s’est passé plus direct si l’on peu dire : “Nelson – Auckland – Hawaï – Los Angeles – Londres – Paris - Pau”. Durant le retour, je suis arrivé à Los Angeles avant d’être parti de Nelson mais j’avais coupé la ligne de changement de jour ce qui ne m’avançait guère car je n’ai pas rajeuni pour autant.

Nous étions 3 français sur cette opération : 2 sur la base et moi en mer. J’ai donc supervisé ce dernier puits ou nous utilisions un rig de “Penrod” qui était opéré par “Hunt” à Invercargill à la pointe sud de l’île. Certaines personnes à bord connaissaient la Mer du Nord, qui est réputée pour ses tempêtes, mais d’après eux, les mers du sud de la Nouvelle Zélande sont pires.

Le responsable forage à terre n’a pas voulu que je fasse tout le forage sans descendre. Durant une des phases calme et assez longue du forage, je suis donc descendu à Nelson, un australien d’Elf me remplaçant.

A part le rapport du matin, le boulot ne me prenait pas trop. Mais j’ai pas mal appris avec ce responsable forage qui était sympa et me faisait entière confiance pour le travail du chantier: apprendre à gérer une base autonome, comptabilité et autre, ça m'a bien servi par la suite.

Nelson était une charmante petite ville de province que les néo-zélandais appellent leur “rivièra” car elle jouit d’un climat très spécial. En effet, on peut se baigner à Noël et faire du ski sur le mont Cook après un vol en hélico pour y aller. Le plus grand immeuble de la ville était l’hôtel ou nous logions qui comprenait 3 étages.

Un soir que nous rentrions après le repas, une voiture s’est arrêtée et nous avons été interpellés par quelqu’un qui parlait français. Surprise bien sûr ! Nous sommes donc allés boire un dernier verre avec ce français qui avait atterri là 23 ans plus tôt. En fait son histoire n’est pas si banale que cela.
C’était un provençal qui avait travaillé pour la compagnie de travaux publics américaine qui construisait le barrage de Donzère Mondragon sur la Durance (Bouygues et Consort n’existaient dans la course, pas à l’époque). A la fin du chantier, tout le personnel avait été renvoyé mais la compagnie était prête à en amener sur le chantier suivant qui se trouvait justement en Nouvelle Zélande (le manque de personnels qualifiés les inquiétait un peu). En qualité de coffreur, il était donc parti ; “j’étais célibataire, nous dit-il, et j’avais prévu de faire ce chantier qui payait bien et de rentrer au pays”. Mais c’était sans compter avec la gent féminine, il s’est marié en Nouvelle Zélande et n’était donc jamais revenu en France.
Depuis, il travaillait pour le gouvernement et nous avait repéré un soir au bar de l’hôtel ou il arrondissait ses fins de mois de temps à autre comme barman.

J’ai eu l’occasion de faire un peu de tourisme dans le secteur de Nelson, c’est magnifique, dommage que ces îles soient perdues au fond du Pacifique.

C’est également sur cette mission ou l’adage qui dit que "seules les montagnes ne se rencontrent pas" s’est révélé exact. Pour aller là-bas, il me fallait avoir un visa australien au cas où j’aurais été coincé en Australie durant mon périple. Comme le départ avait été précipité, j’ai donc récupéré mon passeport à l’ambassade d’Australie à Paris. Quelques personnes traînaient donc dans ce hall et tout le monde avait loisir d’entendre ce que demandaient les gens.
Quelle ne fut pas ma surprise à la sortie d’être abordé par un monsieur d’une cinquantaine d’année qui me proposa de m’amener à l’aéroport car il y accompagnait son épouse qui prenait son service chez Iran Air. Pas besoin de chercher de taxis, j’acceptais. Ils étaient venus chercher des visas pour un voyage à venir.

A Nelson, un soir, durant ma semaine à terre, dans un restaurant, un couple installé à une table voisine nous regardait sans arrêt (nous parlions français bien sûr) et plus le repas avançait plus je me disais que j’avais vu ces gens quelque part mais où, sûrement pas en Nouvelle Zélande ou je n’avais jamais mis les pieds précédemment. Et c’est à la sortie du restaurant que ça a fait “tilt” (je suis assez physionomiste en général), je les ai abordé et en effet c’était bien les personnes qui m’avaient conduit à l’aéroport qui étaient là.

Nous aurions voulu réaliser le rendez-vous au départ de Paris que nous n’aurions pas mieux réussi. En fait, ils n’avaient fait qu’escale en Australie et avaient poussé jusqu'en Nouvelle Zélande, ce qui n’était pas prévu au départ nous ont-ils dit. Bien sûr, la soirée a traîné un peu. Ils repartaient le lendemain pour Wellington.

Un soir, avec un néo-zélandais, un australien et un américain, nous décidâmes d’aller boire la bière d’après boulot (c'est banal dans ces pays). N’arrivant pas à nous décider pour quel type de bière, l’australien eut la géniale idée de faire un test sur les bières disponibles dans ce bar. Cela commençait par la “bleu can” puis la “green”, la “black” et ainsi de suite et il y avait 15 cans différents exposés. Lorsque nous décidâmes d’arrêter, ils avaient bu, chacun, une quinzaine de bière et j’en étais péniblement à ma quatrième mais comme elles avaient été commandées et payées, il était hors de question de les laisser là. Me traitant de petit buveur, ils éclusèrent mes bières en un rien de temps. J’ai eu par la suite dans d’autres contrées, l’occasion de constater que les anglo-saxons sont de sacré buveur de bière.

Voilà, Elf n’était plus présent en Nouvelle Zélande et je suis très heureux d’avoir fait cette campagne, ce fut la joie de découvrir un pays merveilleux loin de tout mais qui a dû énormément évoluer depuis. Il est vrai qu’à l’époque, il y avait une certaine ambiance d’un pays qui vivait un peu replié sur lui- même, vivant avec 20 années de retard, excepté le rugby. Il avait des collections de vielles motos et voitures incroyables, on aurait presque dit une autre époque, mais la Nouvelle Zélande a bien vite rattrapé son retard. 

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