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Pétrolier malgré tout

Un pétrolier, malgré tout

Né en 1941 au sein d’une famille paysanne, dans cette région du Sud-Ouest appelée le BEARN, essentiellement vouée à l’agriculture, rien ne me destinait à embrasser une carrière dans les pétroles, mais plutôt tenté vers les technologies. Mais voilà que la décennie des années 1950 allait métamorphoser cette région.

Première source d’intérêt pour moi, la prospection « géophysique » qui quadrillait tout le territoire, et sondait avec ses «ses petites foreuses»  à la recherche des indices d’or noir. Puis vint le temps du « lourd » : l’implantation d’énormes derricks qui foraient nuit et jour. La recherche était encore un peu « empirique » et n’était pas toujours couronnée de succès (à tel point que j’ai connu un site en fond de vallée, sur lequel il y avait de très fortes présomptions, et qui, malgré le déplacement du derrick à plusieurs reprises et à quelques centaines de mètres du sondage initial, fût voué à l’échec. Mais pas tout à fait, car il fallait compter sur la quasi-certitude et la persévérance des chercheurs, qui déplacèrent le forage sur le dos de la colline, d’où finit par jaillir le précieux produit, symbolisé par une belle « torchère » qui éclairait à des kilomètres à la ronde, lorsqu’elle était active.

Le produit était trouvé, il fallait le raffiner.

Et vint la SAGA du site de LACQ. (Je me suis laissé dire, que pour cette époque, l’entreprise SNPA, fût un cas unique dans la vie d’une entreprise française, pour ses investissements pratiquement sans temps mort pendant des années et pour l’emploi qui en découla.

Mes études secondaires tournèrent court, tant l’emploi (plutôt bien payé) offrait de possibilité, qualifiés ou pas. Merci à tous mes patrons qui ont su me donner la chance, malgré toutefois quelques sacrifices consentis.

Premier emploi : par l’intermédiaire d’un ami, me voilà embauché, devinez où…à la coulée du soufre. Départ de chez moi à 4 heures, 25 kilomètres à vélo, prise travail 5 heures  fin à 13 heures.

Définition du poste : constitution du premier site de « coulage » du souffre; une équipe de 3 personnes effectuait un coffrage avec des tôles galvanisées fixées sur les madriers, colmatage des fuites de liquide avec du souffre solide. Cela était reconduit sur des hauteurs de quelques mètres. Le soufre liquide, coagulé au bout de quelques jours, le coffrage était démonté Entraient en action : un bulldozer classique, muni d’une lame à l’avant et de griffes à défoncer à l’arrière, attaquait la montagne de soufre, le broyait, pour permettre à une grue  à godet de le prendre et le charger dans les wagons tombereau, stationnés en bordure immédiate du site. Ne restait plus à l’équipe qu’à bâcher ces wagons avec des toiles caoutchouc solidement arrimées au wagon. (anecdote : il arrivait que le bulldozer « non anti-déflagrant » en pivotant renflammait le soufre)

Ce travail était sous-traité en « régie » à une entreprise de T P

Mes premiers pas dans le « pétrole » ont duré 3 mois, intenable pour mes presque 17 ans.

Mais le premier pas était franchi et la suite fût plus à mon goût.

Embauché le lendemain dans une entreprise de tuyauterie chaudronnerie, sur le site même.

Ce travail me permit d’approcher les têtes de puits que nous équipions pour l’exploitation, ainsi que toutes les conduites du raffinage, du sous-sol au sommet des torchères.

Et vint le temps du service militaire, avec son passage presque obligatoire en AFN.

Là encore le destin me réserva sa surprise ; incorporé au centre d’instruction du SEA à Chalons sur Saône où j’acquis ma spécialité 1 et 2, puis une formation au régiment du TRAIN, 6 mois ont passé. L’Algérie m’attendait, muté à la 701e CME dans l’Oranais.

Outre les attributions dues à la fonction de militaire en temps de guerre, je fis mes premiers pas dans la gestion de dépôts de carburant et lubrifiants, ayant été nommé sous-officier entre temps. Vingt-deux mois ont passé et mon retour en France se précise, sauf que le pétrole et gaz de  Sidi Messaoud arrive à ARZEW où ma Compagnie est installée, Je tente une démobilisation en Algérie mais l’Armée s’y refuse.

Après mon retour je démarche une société de « Géophysique » dans la région Bordelaise qui m’accorde un entretien, sans suite. Entre temps des personnes influentes, (qui semble-t-il m’appréciaient) ayant des relations parmi la direction de la SNPA me font part de leur souhait de m’obtenir un emploi dans la société (un fauteuil en...)  Je déclinai la proposition, à leur grande stupéfaction,  mais je voulais faire les preuves par moi-même, sans privilège; c’est cet état d’esprit qui a conduit toute ma vie, à tort ou à raison…

Je n’ai pas d’autre choix que de retourner à la construction de raffineries en France et Europe, c’est le grand boum, ainsi qu’un passage dans le nucléaire au CEA Pierrelatte.

Feyzin sera mon dernier chantier, question de stabilité. Une filiale d’un grand groupe pétrolier  français, recrute pour un emploi de technicien sur Lyon. Je satisfais à l’entretien et aux tests et suis embauché (1967).  En 1972 m’est proposé de gérer un dépôt GPL, pas d’hésitation j’accepte, d’autant plus que comme futur exploitant je suivrai sa construction. La technique ayant toujours été mon privilège, j’ai été gâté. Ce dépôt a été a l’origine de « premières » nationales ou mondiales, n’ayons pas peur des mots.

Première nationale, dans la mesure où c’était le premier en libre-service dans les GPL, pour le chargement des camions citerne 24 h sur 24; d’autre part, il a servi de modèle à la mise en place de la réglementation concernant la sécurité pour ce type de dépôt, suite à l’accident de Feyzin.

Première mondiale, par la mise sous talus de la sphère par une technique innovante, qui a permis a bon nombre d’établissements concernés, de rester sur leur site.

Ma carrière pétrolière a pris fin sur ce site, qui à ma connaissance est toujours en activité, malgré tous les bâtons qu’« on » a pu nous mettre dans les roues.

La boucle est bouclée, la Société dans laquelle je n’avais pas voulu rentrer par piston, est entrée quelques décennies après dans le giron de ma maison mère, mais je réside à quelques centaines de kilomètres de mes origines, le prix à payer !!!!

 

Pour conclure, j’abonde dans le sens de Daniel Reclus

Mon conseil pour les jeunes ? Écoutez, avant tout. Écoutez, observez et appropriez-vous l’environnement progressivement puis mettez en application sur le terrain.

J’ajouterais

N’ayez pas peur de descendre de plusieurs échelons et changez de voie si c’est nécessaire, soyez curieux, car si vous avez la chance d’avoir en face de vous des personnes qui savent reconnaître votre valeur, votre temps ne sera pas perdu.

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Sécurité, Respect de l'autre, Esprit pionnier, Goût de la performance, Force de la solidarité

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