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Un bateau, un curé et un beau discours

Mon beau-père, Jean Perrachon, était ami du fils de Henri Desprez, Président-fondateur de la Compagnie Auxiliaire de Navigation. Ils étaient tous deux de la promotion 1913 de l’école Polytechnique. Malheureusement, Desprez fils est mort au combat. Après la guerre, Henri Desprez a embauché mon beau-père à la Compagnie Auxiliaire de Navigation. Il avait fondé cette compagnie maritime en 1912 pour importer du charbon du Pays de Galles pour les chemins de fer français. Il était aussi le président fondateur de la Compagnie Africaine de Navigation et de le Compagnie Maritime du Maroc. Toute sa flotte charbonnière fut coulée pendant la Grande Guerre. Après la grande guerre, la Compagnie s’est spécialisée dans le transport des produits pétroliers pour devenir la plus grande compagnie maritime pétrolière de l’entre-deux guerres. L’objectif était de disposer d’une flotte de pétroliers pour ne plus être tributaires des marines étrangères. A cette époque, toutes les compagnies pétrolières se sont ainsi mises à développer leur propre activité maritime. En 1978, la fusion de la Compagnie Auxiliaire de Navigation et de la Compagnie Française des Pétroles a donné naissance à Total. Avant cela, mon beau-père est devenu le président de la Compagnie Auxiliaire de Navigation de 1966-1971. Avec mon mari, Bernard Perrachon, fils de Jean, nous avons ainsi eu l’honneur d’assister à de très nombreux baptêmes de pétroliers. C’était toujours de grands moments régis par un protocole immuable.

Deux baptêmes m’ont particulièrement marquée.

Le premier, le plus beau auquel j’ai sans doute eu la chance d’assister, s’est déroulé à Amsterdam. C’était en 1953. Nous étions partis tôt le matin par train spécial de la Gare du Nord. Il faisait beau et c’était la saison des fleurs au Pays-Bas. Les champs étaient couverts de dahlias. Le bateau s’appelait le Cybèle et son baptême fut somptueux. Je me rappelle du jeune fils – âgé de 7 ans - du directeur du chantier naval habillé en marin hollandais et des hymnes français et hollandais. Nous avons eu droit à une visite guidée du bateau. Après les festivités, tous les invités ont le privilège de suivre une visite privée du RijksMuseum et d’être conviés à un dîner de gala à l’Amstel Hotel d’Amsterdam où nous logions.

L’autre baptême qui me revient à l’esprit est celui du Fabiola. C’était en 1960. Initialement prévu à Dunkerque, le baptême a été délocalisé au Havre en raison d’une grève des ouvriers du chantier maritime mais aussi parce que le curé avait fait faux bond. Un train spécial de quatre voitures avait été affrété depuis Paris-Saint-Lazare pour acheminer les invités. A chaque fois, c’était tout un cérémonial et un protocole qui était scrupuleusement suivi à la lettre. A l’arrivée, un quai était réservé aux invités accueillis par le Préfet, le Sous-Préfet et par les forces de gendarmerie. Puis des discours étaient prononcés, Monsieur le Curé bénissait le navire, la marraine envoyait la bouteille de champagne se fracasser sur la coque et ma belle-mère recevait un magnifique bouquet. Quant à la mise à l’eau du bateau, elle avait toujours quelque chose de très impressionnant. L’immense coque glissait sur des rails en bois recouvert de suif avant de plonger dans l’eau provoquant d’immenses gerbes. Les ouvriers courraient pour récupérer le suif afin d’en faire des bougies. Cette fois-là, de retour du Havre, notre train avait même été subitement immobilisé... à la demande expresse des autorités. Il s’agissait de faire monter Monsieur Paul Raynaud, Président du Conseil, qui devait rejoindre Paris rapidement... 

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