Exploration - Production | - Russie

Yamal LNG, cathédrale du XXIème siècle

Depuis mon arrivée dans le Groupe, en 1990, j’ai passé moins de deux ans au siège… Recruté au départ en tant que superviseur de travaux, j’ai développé un savoir-faire – engineering, achats, construction, commissioning, démarrage - qui m’a permis de travailler sur des projets pionniers : Girassol, Yemen LNG, Yamal LNG… Depuis presque trente ans, en expatriation avec mon épouse et mes enfants (Pays-Bas, Angola, Gabon, Emirats Arabes Unis…) et en rotation 4/4 (Yémen, Russie…). J’ai successivement occupé les fonctions de chargé d’affaires, chef de projet construction et engineering, area manager, directeur adjoint de la construction… C’est ce dernier poste que je souhaite évoquer, le plus marquant de ma carrière sur le plan humain et technique. Cinq années dans des conditions extrêmes en Russie !

 

« Un lego géant au-delà du cercle polaire »

Je suis arrivé sur Yamal LNG en septembre 2014. Le projet venait de démarrer et le site était pratiquement vierge de toutes constructions. Le challenge était très motivant : construire la première unité de production de gaz naturel liquéfié en arctique. Un défi technologique pour tous les partenaires impliqués :  Novatek (50,1 %), CNPC (20 %), Silk Road Fund (9,9 %) et Total (20 %). Je n’avais jamais mis les pieds en Russie et je ne parlais pas un mot de russe. J’ai vécu mon premier hiver à -50°C à Sabetta, sur le « camp-ville » de Yamal LNG à 2 500 km de Moscou. Pour la première fois, j’ai mesuré la fragilité de l’homme. A cette température, un faux pas dans la neige peut être fatal, les mouvements sont ralentis par les multiples couches de vêtements que l’on superpose pour résister au froid… Yamal LNG, c’était aussi une « cité éphémère » habitée par 33 000 collaborateurs venus des quatre coins de la planète (australiens, turcs, français, russes, nigérians, écossais…), un port, un aéroport, des transports en commun, des restaurants, des services médicaux, une gestion des déchets… Quant à l’usine, elle m’a rappelé les legos de mon enfance, plus de 140 modules à assembler, des immeubles de dix étages construits en Chine… Lorsque Patrick Pouyanné est venu sur le chantier, il a parlé de « cathédrale du XXIème siècle ». L’expression résumait bien le gigantisme du projet !

 

« Le gaz qui vient du grand froid »

En management de projet, les contraintes sont toujours les mêmes : couts, planning, sûreté, achats, ingénierie… tout en prenant en compte la sécurité des personnes et des installations. L’inconnue, ce sont les hommes. Et il faut que le projet avance dans les meilleures conditions quelle que soit l’équation : nationalités, formation, culture sécurité, réglementation, gestion des ressources humaines… Le collectif prime, comme dans une équipe de rugby. Les premiers mois ont été compliqués, il a fallu apprendre à travailler avec un traducteur, évaluer les écarts d’interprétation pour éviter les malentendus. Un exemple concret : j’ai rapidement compris qu’un document dit « has built » ne signifiait pas la même chose pour les français et les russes. Pour les premiers, il est fourni en fin de projet ; pour les seconds, il est établi au fur et à mesure de la construction et utilisé pour le paiement du sous-traitant… Il a aussi fallu s’ajuster sur certaines pratiques, notamment en matière d’hygiène-sécurité-environnement. L’approche française repose sur les trainings, la sensibilisation, la valorisation des résultats par la pédagogie… Les russes ont beaucoup plus recours à la répression, aux amendes… Toute la difficulté consistait à faire cohabiter les deux écoles, tout en préservant les intérêts de la compagnie. Au début, j’étais le seul français de l’équipe construction, représentant de Total. Peu à peu, j’ai pu gagner la confiance des russes et apporter mon expertise, de la livraison des modules au démarrage des installations. A partir de là, les portes se sont ouvertes, les russes ont pu apprécier notre valeur ajoutée dans le management d’un grand projet, la coordination des tests et le volet HSE, en particulier pour les SIMOPS qui sont les activités de construction réalisées en simultanées avec la production. De notre côté nous avons beaucoup appris sur la gestion des hommes et des équipements en conditions extrêmes dans une région sauvage, enclavée et gelée 7 à 9 mois par an. Pour garantir sa stabilité dans le permafrost (sol gelé en profondeur qui ne dégèle en surface que les mois d’été), l’usine a été construite sur des dizaines de milliers de pilotis de diamètre et de profondeur variables. La Russie est une école d’humilité, pas question d’arriver en conquérant, chacun doit faire un pas vers l’autre, s’apprivoiser…

 Une très belle étape professionnelle !

Yamal LNG est l’un des projets de GNL parmi les plus grands et les plus complexes au monde. Plus de 200 puits ont été forés et trois trains de liquéfaction d’une capacité de 5,5 millions de tonnes ont été construits. Aujourd’hui, l’usine est opérationnelle, 16,5 millions de tonnes de GNL transitent, chaque année, par le port de Sabetta. Une production vendue à des clients européens et asiatiques, via des contrats de 15 à 20 ans.

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