Raffinerie de Normandie: 80 ans d'histoire

Inspiré du livre 80 ans d'Anticipation industrielle à la raffinerie de Normandie.

 

Pour de nombreux havrais, cette première raffinerie de la C.F.R. reste la grande entreprise qui a symbolisé pendant longtemps une situation souvent enviable.

 

1930 - 1940 : La construction

C'est vers la région du Havre, 1er port importateur de pétrole en France, que s'est rapidement dirigé le choix de l'emplacement de la future Raffinerie de Normandie. D'une part, il fallait ne pas trop s'éloigner du port du Havre pour que l'usine puisse être facilement alimentée par une conduite souterraine. D'autre part, en vue de favoriser l'embarquement des produits raffinés vers la région pari­sienne par chalands ou par caboteurs, il était nécessaire de la placer soit au port même, soit sur le Canal de Tancarville construit 50 ans auparavant pour permet­tre aux chalands allant du Havre à Paris d'éviter les vagues de la Manche. Il fallait enfin pouvoir relier l'usine par un embran­chement à la voie ferrée du Havre à Rouen qui, à partir d'Harfieur, s'écarte de l'es­tuaire et s'élève sur le plateau.

Si le site retenu possédait des avanta­ges certains, il avait aussi l'énorme handi­cap de se présenter en un marécage sa­blonneux et argileux, à peine drainé et tout juste apte au pacage de bestiaux pendant la belle saison. Sa description of­ficielle, à l'époque, était la suivante : «her­bes de pacage, constellées d'asters et en­tourant des fondrières et des flaques d'eau».

Ouvriers

Quatre étapes de travaux préalables s'imposaient :

  • remblayer et surélever le terrain de la cote 7,90 m, inférieure à celle des vives eaux d'équinoxe, à celle de 8,30 m.
  • construire un important réseau de cani­veaux bétonnés pour l'évacuation des eaux.
  • élever une digue destinée à protéger le terrain contre les grandes marées.
  • soutenir toutes les constructions par des pieux en ciment armé.

Il fallait aussi envisager de creuser ra­pidement un port car le terrain n'avait, à ce moment, qu'un seul accès très pré­caire : le chemin de halage du Canal de Tancarville.

C'est le 6 Juin 1931, à l'issue d'études préliminaires rondement menées et avant même l'obtention des autorisations léga­les et administratives de construire, que la C.F.R. confiait à la Société Générale d'En­treprises (S.G.E.) les travaux de génie civil. Il faut noter, pour l'anecdote, qu'une clause résolutoire était prévue dans le marché permettant de suspendre les tra­vaux dans le cas où les autorisations né­cessaires ne seraient pas accordées à la C.F.R.

La conception générale de la Raffine­rie de Normandie fut l'oeuvre d'Emile MI-GUET et Pierre MINARD. Elle prévoyait le traitement de 1.600.000 tonnes/an de pétrole brut provenant surtout de l'Irak. Dans une première étape, le tonnage traité devait s'élever à 800.000 tonnes/an pour obtenir seulement essence tourisme et essence P.L. (poids lourds), lampant, gas-oil et 4 qualités de fuel-oil. Dans deux étapes ultérieures, le tonnage devait être porté à 1.600.000 tonnes et la liste des produits devait être augmentée avec les solvants, la paraffine, les huiles de grais­sage et les asphaltes. Vers 1930, on ne parlait pas encore de gaz liquéfiés, ni de kérosène pour réacteur. Le dessin lui-même de la raffinerie comportait ces facili­tés d'extension. Ceci était une nouveauté dans l'industrie française qui avait alors trop tendance à limiter les in­vestissements initiaux donc à réduire les surfaces et les longueurs des réseaux !

Construction de la raffinerie